LA GENDARMERIE

 

Au milieu du siècle dernier, Pierre Fleuret Cayla, notaire, était maire d'Estaing. Il avait été nommé par le Préfet en 1846, puis élu par le conseil municipal en 1848.

Il fut maintenu par le Préfet en 1852. Un décret impérial le confirma en 1855. Il avait donc donné satisfaction à trois gouvernements, à trois régimes et même aux électeurs. Il luttait désespérément pour dégager quelques crédits pour la construction des routes d'Espalion, du Nayrac, et de Laguiole, alors qu'il devait payer très cher les terrains pour l'implantation des premières routes qui devaient donner la prospérité au bourg, qu'il administrait.

Le dix août 1852, il tentait d'élever le débat au-dessus des soucis quotidiens, en plaidant devant le Conseil municipal un sujet qui lui tenait à cœur. Il s'agissait de la gendarmerie.

M. le maire a fait l'exposé suivant :

« Le gouvernement que la France s'est donné, et qui vient de sauver le pays des horreurs de l'anarchie, a cru assurer davantage le règne de l'ordre, en établissant dans tous les chefs lieux de canton des brigades de gendarmerie de milice courageuse et dévouée, qui, aux jours de danger a tant mérité de la patrie ».

Depuis quelques années, le canton d'Estaing possède une brigade en résidence à Villecomtal. Or cette résidence est une anomalie par son excentricité, et tout le canton est intéressé intéressé sous tous les rapports à demander son changement à Estaing.

Estaing, chef-lieu de canton est par sa position et par rapport aux cinq communes, qui composent ce même canton, le point le plus central possible au nord par la commune du Nayrac, à l'est de Coubisou, au sud par celle de Verrières, et par celle de Villecomtal, les distances rayonnent chef-lieu dans une proportion presque mathématique.

La ligne la plus longue de sa circonscription part de La Vitarelle, à la limite de la commune de Coubisou, jusqu’à Villecomtal, limite du canton. Elle offre une longueur dans la direction de l'est au sud-ouest, d'environ vingt-quatre kilomètres ; et le point de son milieu est à Estaing. Il en est de même des autres points cardinaux.

Le chemin de grande communication numéro deux, de La Vitarelle à Asprières, traverse le canton, de La Vitarelle à Villecomtal, par Estaing. Le chemin numéro sept d’Espalion à Entraygues, traverse aussi le canton de la commune de Coubisou, par Estaing et le chef-lieu de la commune de Le Nayrac.

La résidence de la gendarmerie semble marquée à Estaing par les conditions stratégiques les plus saillantes. Vers ce point convergent toutes les lignes, qui peuvent porter vers toutes les extrémités du canton, le service ordinaire comme les secours extraordinaires, vers Entraygues, Saint-Amans, Laguiole, Espalion, Bozouls.

Quelle est la position géographique de la résidence de Villecomtal ? Elle fait volte-face à tous les besoins et à toutes les exigences. La localité de Villecomtal règne au fond d'une vallée profonde qui forme la limite du canton au point qu'un certain nombre de maisons de cette localité appartient au canton de Marcillac, arrondissement de Rodez. L'excentricité de cette résidence constituant un fait positif, il ne peut pas y avoir de motif plausible ni acceptable de l'y maintenir. Ce n'est pas l'importance de la population puisqu'elle est inférieure d’un tiers à celle d’Estaing. Les fourrages s'y font avec autant de difficulté qu’ils se feraient à Estaing avec facilité. Le mouvement des voyageurs y est moins considérable. Estaing a des foires considérables et des marchés hebdomadaires dans la saison d'été et de l'hiver et Villecomtal n'a pas ces avantages, qui impriment de la vie aux relations commerciales, à un degré plus ou moins important avec les cantons voisins et amènent sur un point le concours plus ou moins considérable d'étrangers et par conséquent le besoin plus ou moins rigoureux d'une surveillance active.

L'autorité locale peut poser la question de fait : quelle est dans, la nécessité de faire faire vingt fois plus d’arrestations d’étrangers surpris en flagrant délit que la gendarmerie de Villecomtal ; on pourrait l'établir par les registres d’écrou ou par les procès-verbaux.

Certes on est loin d'accuser le zèle de la gendarmerie, et on aime à constater qu'elle a toujours été digne d'éloges. On n'entend prouver qu'une chose : que placée hors ligne, acculée dans une impasse, jetée presque en dehors du canton, elle ne peut pas rendre à la société les services qu'elle est en droit d'attendre d'une surveillance active, lorsque les maires du canton, n'ayant que les moyens presque insuffisants des gardes champêtres sont dans la nécessité d'en appeler au patriotisme de la Garde nationale, ce qui se produit à Estaing vingt fois dans l’année, et notamment à une époque récente, vis-à-vis des voleurs qui venaient de piller les églises.

Cet éloquent plaidoyer ne suffit pas à faire déplacer la brigade de gendarmerie de Villecomtal à Estaing. Mais le chef-lieu de canton obtint plus tard une brigade qui s'installa d'abord avenue d'Espalion, en attendant la construction vers 1885 par Valat d'une caserne conforme aux plans de l'administration. Cet immeuble, situé route d'Entraygues, a été utilisé jusqu'en 1969